Bienvenue en enfer

25 septembre 2007

Bienvenue en enfer (1)

Bienvenue en enfer.

Cet année là y'avait une chanson de Johny qui passait en boucle à la radio. Je crois que ça s'appelait "Mirador". Je me souviens ça commençait par "C'est la nuit, dans le quartier des fous les matons ont tiré les verrous" et puis dans le refrain y'avait un truc du genre "on perd le nord sous les miradors". Et puis y'avait aussi un bellâtre canadien qui bêlait "Hélène". Tu te souviens ? Non cherche pas si t'as moins de 25 ans tu ne peux pas te rappeler. Moi je m'en souviens bien parce que je me disais que si je l'attrapais la Hélène j'allais lui en donner des raisons de chougner à la pédale canadienne ! Faut dire qu'elle risquait pas grand chose parce que le quartier des fous, moi... j'y étais. En plein dedans, 4ème division à la Santé. Quartier psychiatrique pénitenciaire. La prison dans la prison ; les barreaux plus les cachetons. Tu sors t'as pris 20 kgs et le cerveau te coule par les oreilles.

J'en ai connu des bleds à la con, mais celui-là c'est du top ! Dix jours là-dedans tu sais vraiment ce qu'est la misère. Je parle pas de la misère du quotidien. Celle là après tout elle est presque normale, c'est pas un club de vacances, ni une récompense. Après tout, comme on disait à la légion, si tu y'es c'est pour en chier. Non la misère dont je te parle c'est celle des âmes, celle des cerveaux qui tournent en boucle sur d'obscurs malheurs, celle des hérédités alcooliques, celle d'un déterminisme social effrayant.

Je sais pas si "l'enfer c'est les autres", mais ce dont je suis sûr, c'est que l'enfer est dans la tête des autres. A la 4D, il y avait un subtil mélange de grands délirants, de psychopathes, de dépressifs profonds, de simulateurs (qui espéraient avoir ce qu'on appelait à l'époque "l'article 64" donnant l'impunité si on est reconnu en état de démence au moment des faits) et de gars mis à l'écart de la détention normale pour les protéger d'eux-même (suicidaires multi-récidivistes) ou des autres (flics verreux, indics, bourgeois déclassés...).

Quand je suis arrivé le premier mec à qui j'ai parlé, ou plutôt qui m'a parlé (j'étais pas causant à l'époque) c'était le genre bab-alcoolo-clodo. Il s'inquiétait de savoir s'il allait prendre deux ou trois ans... Faut dire il était là pour une broutille : un soir de cuite il avait lardé sa copine de beuverie de coups de couteau et, gêné par le cadavre, il l'avait découpé proprement puis soigneusement rangé dans huit sacs poubelles. Après il avait mis le tout dans les caves de son immeuble. Ce qu'il regrettait, c'est qu'il en avait profité pour vider ses poubelles dans un des sacs...avec son courrier ! Là il le reconnaissait lui-même, il avait fait une boulette... C'était pas fin !

Y'avait un gars, j'me souviens plus de son prénom, c'était un kabyle je crois. J'ai jamais su ce qu'il avait fait, c'était peut être un truc sexuel bien qu'il n'y en avait normalement pas là bas... Enfin lui il avait sérieusement l'air d'avoir pété un plomb. Il hurlait tout le temps, cassait tout, faisait des crises de rage, se jetait la tête la première dans les murs (un jour il s'est bien séché, assommé sur le coup le taureau furieux, extinction des feux, dodo, passage par la case infirmerie, 14 points de suture et un joli turban en cadeau bonux). Mais son problème à lui, c'est que manifestement les matons et et les psys le prenaient pour un simulateur et voulaient le renvoyer en détention "normale". Et lui il était bien à la 4D, il avait ses habitudes, c'était son chez lui quoi. N'empêche, fada ou pas fada, comme il voulait prouver qu'il était vraiment dingue, marteau, secoué, fondu, barjo, il faisait dans la surenchère. Ah le con, il nous a tout fait, c'était cirque assuré à chaque promenade. Il s'est mis à bronzer à poil dans la cour avec un noeud rose (rose, je le jure !) autour de la zigounette, il s'est branlé dans les coursives devant l'aumonier, il a égorgé un pigeon dont il a bu le sang goûlument, il s'est rasé la moitié droite du crane et s'est mis un bandeau où il a glissé fièrement une plume de pigeon (pas le même pigeon je crois...), il s'est couvert de ses excréments, la totale... Enfin bref, rien n'y a fait, un jour il a appris qu'il retournait en division le lendemain. Eh ben il a trouvé le truc quand même pour pas partir : il s'est pendu.

J'étais là depuis une semaine, quand un jour je me prends le chou en promenade avec une espèce de grand escogriffe, pas très balaise, mais quand même plus de deux mètres avec des énormes mains d'étrangleur. C'était un breton, avec des yeux bleus délavés et un regard de fou. Le ton monte un peu. On commence un peu à se tester, à se jeter les yeux, enfin tu sais tout le cinéma des mecs... Et puis avant que ça vire vraiment vinaigre, y'a un ami du breton en question qui vient me voir, m'entraîne à part, me dit "fais du lège, c'est pas un bon client pour toi, il est dangereux". Je reviens adouci, l'autre s'est calmé, on fait la paix, on se serre la pogne, on est les meilleurs amis du monde, c'est presque si on se roule pas des galoches. Et puis en guise d'amitié le mec me pose son énorme paluche sur l'épaule et me dit "tu sais, moi j'ai cané trois flics dont une fliquette, alors j'peux écorcher un taulard dans la cour, ils me mettront pas perpète deux fois !" Eh ben en voilà un mec qui sait parler aux gens ! Tout de suite je me suis senti vachement zen, doux comme un mouton, peace and love et tout le toutim ! Parce qu'en plus son histoire elle était véridique ! Un jour où il avait réussi à avoir une permission six mois avant sa sortie, il avait un peu oublié de rentrer et pris une grosse cuite. Et puis comme il foutait un peu le bordel, y'a une patrouille qui lui a demandé ses fafs. Malheur, il les avait pas, alors il a défouraillé et rectifié les trois pandores. Y'a des perms qu'il vaudrait mieux ne pas avoir, sa petite sortie elle a coûté trois cadavres, trois familles désespérées et lui toute sa vie niquée...

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Bienvenue en enfer (2)

Pour en finir avec mon breton tueur de flics, j'ai eu l'occasion, quelques semaines plus tard de me rendre compte de visu du degré de sa haine anti poulets. C'était l'été, le mois d'août, il faisait beau, "le ciel était par dessus le toit" (ben ouais tu peux faire du placard et lire Verlaine...) et on étouffait dans les cellules. Comme presque tous les ans, c'est le moment que les matons ont choisi pour se foutre en grève. Toi, mon doux lecteur, peu habitué des geôles de la République (avec un grand R et un p'tit q), zèlé travailleur, reconnaissant récipiendaire du SMIC à mon cul, tu t'imagines (grand naïf va) que quand les gardiens sont pas là c'est la fête dans les zonzons, qu'il y a pas plus heureux qu'un taulard sans surveillant ! Tu parles, c'est l'enfer et en deux ou trois jours de grève du "personnel pénitentiaire", la pression monte à un tel point que t'es sûr que la cocotte va exploser d'un moment à l'autre. En effet un maton, par définition ça fout rien. Un maton c'est un porte-clef avec des pattes, une moustache et une cyrrhose du foi. Imagine le QI d'un mec qui passe sa vie en zonzon et qu'a même pas volé un paquet de bonbecs ! Crois surtout pas qu'un gardien garde quoi que ce soit, à part sa bière au frais et ses miches au calme. Toute l'activité physique et intellectuelle d'un surveillant consiste à ouvrir et fermer des portes. C'est tout. Quand à l'occasion de je ne sais quel mouvement social un représentant syndical vient te raconter à la télé, la belle mission du maton et son intérêt pour la réinsertion des gentils délinquants, c'est du flanc indigeste. Et c'est tant mieux ! La réinsertion c'est un problème suffisemment compliqué sans que ces têtes pleines d'eau s'en mêlent. Ils ont déjà assez de mal à trouver leurs doigts pour se les carrer dans l'oignon, c'est pas la peine qu'ils s'occupent de me trouver un taf ou un logement. Enfin bref, je m'égare, quand ils se mettent en grève y'a plus d'ouvertures de portes, donc y'a plus de promenades, y'a plus de courrier, y'a plus de "cantine" (c'est le système qui permet d'acheter le minimum vital genre clopes, café, pâtes, piles, timbres...), y'a plus de mandats (pour la "cantine"), y'a plus de visites, y'a plus de parloir avocat, y'a plus de transfert au palais pour voir le gentil juge d'instruction, y'a plus de sport, y'a plus de bibliothèque, y'a plus d'atelier, y'a plus de douche... Y'A PLUS RIEN ! Imagine une taule pleine à craquer, avec 4O degrés en août, 4 mecs pas lavés par cellule de 4 m sur 2 et qu'ont tous des problèmes à l'extérieur avec leur femme, leur famille, leurs amis et pas moyen d'avoir une nouvelle. Et maintenant, pour faire bon poids, imagine que les mecs en question c'est à peu près tous des tarés, sadiques, assasins, névrosés, psychopates... Combien tu demandes pour passer une nuit là-dedans avec ton p'tit cul bien propre ? Nous ça a duré trois semaines la plaisanterie... Alors évidemment le gouvernement a fini par faire quelque chose et plutôt que d'accorder leur augmentation à 2 balles, ou leur demi point de retraite supplémentaire aux matons, il nous a envoyé les CRS pour ouvrir les cellotes et envoyer tout le monde en promenade et se laver le cul. Maintenant imagine la confrontation, dans les conditions que je viens de te raconter entre mes joyeux petits camarades et notre bonne police ! D'autant que pour détendre l'atmosphère, quand on a ouvert les cellules pour lâcher les fauves, les CRS s'étaient mis en ligne dans les coursives, avec le déguisement des grands jours, casque, protège-tibias, bouclier et matraque, et leur si seyant uniforme qui moule si gentiment leurs sportives fessouilles. Et puis, sans doute parce qu'ils aiment vachement les percussions, les pandores nous ont fait une haie d'honneur en tapant en rythme avec les triques sur les boucliers.  Quant à mon breton favori, lui qu'en avait déjà mis trois dans le casier à viande, quand il a vu les poulets il nous a fait une crise d'hystérie maousse avec tremblements, bavements, convulsions... la pétasse dans l'exorciste c'est une scène pour le club Dorothée à côté ! Evidemment les CRS lui ont sauté dessus et nous on a sauté sur les CRS. Ca a déclenché un pogo d'enfer... (ma petite Eve toi qui aimes pogoter t'as loupé quelquechose !). Conclusion de la journée de réjouissance, belle baston, pas de promenade, pas de douche, retour en cellule et des gnons plein la gueule ! Merci la Bretagne...

Elle est pas belle la vie ?

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Bienvenue en enfer (3)

En prison tu as plusieurs quartiers où les détenus sont plus ou moins regroupés par similarité, par exemple t'as un quartier pour les femmes, un pour les mineurs, un pour les courtes peines et les primaires, un pour les cas plus lourds etc. En fait ça c'est la théorie, après chaque Maison d'arrêt ou chaque Centrale fait un peu comme elle peut en fonction du nombre de détenus et de place dont elle dispose... la seule règle immuable, c'est la séparation hommes/femmes. La séparation majeurs/mineurs est le plus souvent respectée, mais j'ai quand même vu des mineurs en détention avec des adultes. Je me souviens d'un tout jeune garçon, il avait fêté ses 18 ans à la 4D, c'était un ado pas fini, blond et maigre avec un regard triste, il était là pour une multiplication de broutilles, des petits cambriolages, des deals minables, sans doute quelques vols de sac à l'arraché... enfin tout ce que peuvent engendrer la bêtise, la misère et la lâcheté. Je crois qu'il était arrivé chez nous parce qu'il s'était fait maqué à la 2ème ou à la 3ème division, peut être même qu'il s'était fait un peu casser le cul... Parce que ce qui était étonnant dans notre petit chez nous c'était le mélange entre fauves psychotiques et agneaux désemparés. La raison du mélange venait de ce que les plus dangereux étaient assommés de neuroleptiques et autres cachetons (on nous les servait le soir écrasés et dissous dans l'eau pour qu'on puisse pas les stocker, entre nous on appelait ça « la tisane ») et qu'il y avait plus de matons par prisonnier qu'en division « normale » donc plus de moyens pour protéger les plus faibles. En fin bref, mon petit gars, il s'appelait José je crois, il se l'était faite plutôt mal sa détention et il rasait les murs. Quand je l'ai connu, ce qui le tenait le môme, c'est qu'il lui restait plus que quelques semaines à tirer. Plus le jour de sa libération approchait, plus il semblait ressusciter et la veille de son départ, le matin à l'heure de la promenade, il semblait presque que des épaules lui avaient poussé dans la nuit et y'avait dans ses yeux comme un air d'homme libre. Nous on l'aimait plutôt bien le môme, il était pas intégré mais personne lui voulait du mal et si ça avait été le cas je crois que y'aurait toujours eu quelqu'un pour le défendre. Et puis comme y'avait pas d'histoire de pointe (t'as compris « la pointe »... si tu veux un dessin je peux t'en faire un dans le genre St Exupéry « S'il te plaît dessine moi un zgail, un chibre, un mastard, une zigounette... ») parce qu'avec les cachetons qu'on nous filait, Popaul il était dans les chaussettes, ben chez nous son p'tit cul il risquait pas lerche ! Personne voulait la faire reluire la reine de beauté... Enfin bref, le gamin ce matin là il se voyait déjà dehors. Sauf que dans l'après midi il a été appelé au greffe et que là, sans doute avec un air réjoui de fiotte sadique, un maton chef lui a annoncé qu'il venait de se faire révoquer 6 mois de sursis et que la sortie finalement ce serait après Noël. Le José il est revenu lessivé, en larmes, vidé, sonné, cassé, en vrac. Fini la bonne gamelle chez maman et la turlute de Conchita, pas de cuite avec les potes, pas de virée aux putes que dalle... Retour en cellule et mange ta merde petit con. On a bien essayé de le consoler, mais nos gueules d'assassins il en avait soupé le môme, il supportait plus la peur, l'ennui, la saleté, la bouffe de merde, la télé dans la cellule qui te montre toute la journée des belles bagnoles, des piscines avec des gonzesse à oualpé dedans et des minets chanteurs bêlant des roucoulades. Le José il avait son compte de café infâme, de nouilles froides, d'odeurs de chiottes, de parties de belote pour trois mégots de tabac roulé... Quand il est rentré en cellule le malheur s'était posé sur ses petites épaules (et c'est lourd le malheur) il avait vieilli de vingt ans, il puait la mort. Alors le Petit Prince de mes deux il a attendu la dernière ronde des matons vers 23 heures et puis il décortiqué son rasoir Bic orange, celui qui t'arrache bien la peau sans couper les poils, et puis il s'est tailladé proprement les veines, bien dans le sens de la longueur du bras, et il s'est foutu en boule sur son pucier. Au matin comme il se levait pas pour prendre son café, les matons sont entrés et l'ont trouvé raide, vidé, plus une goutte de raisiné dans la viande. Il paraît qu'il était encore plus blanc que d'habitude. Exit le môme. Tu crois qu'il y a un paradis après l'enfer ?

Elle est pas belle la vie ?

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Bienvenue en enfer (4)

A lire mes conneries tu vas croire que la prison c'est comme la Samaritaine, qu'il s'y passe toujours quelque chose... Ben non gentil lecteur, je suis sûr que t'avais compris que ce que je te livre c'est du condensé d'évènements, le reader-digest de la cabane, la « substantifique moelle » des heures, des jours, des années de détention (t'as vu au passage j'te j'ai glissé en loucedé mon potau Rabelais, ça ta bluffé ma salope...). Le trou c'est 90% de vide, de rien, de nada, de que dalle, c'est des heures qui s'éternisent, des mini occupations que tu voudrais faire durer jusqu'à plus soif, c'est un temps qui te semble incommensurable et qu'il faut essayer de remplir avec du rien. C'est extraordinaire ce que les mecs peuvent faire pour occuper le vide. La patience, l'ingéniosité qu'il faut déployer pour exister lorsque tu n'es plus rien, que tu n'as rien à faire et quasiment rien à ta disposition ! Y'a des lascars y font dans l'auto-mutilation rien que pour passer le temps, la souffrance physique comme moyen d'exister, je souffre donc je suis, ça vaut au moins le « Cogito ergo sum » de l'autre taffiotte, parce que, penser tout le monde peut pas ; alors que souffrir... (et là tu l'as bien senti mon p'tit Descartes... et en latinus dans le textus). J'ai connu un gonze il avait tellement de tatouages (même un oeil sur le gland et ça c'est quand même du pain blanc pour la mère Freud... un oeil sur le bout ! Fallait quand même qu'il se méfie sacrément des frangines pour avoir besoin de leur mater le fond de la boîte à calins ! ) qu'il avait plus de place pour en rajouter, alors il défaisait... tous les jours avec une lame de rasoir et une pince à épiler il s'enlevait quelques centimètres de peau dessinée... et son cuir il le mettait à sécher ! C'était son petit trésor à lui... Peut être qu'il se sentait mal dans sa peau le gazier !

Tiens à propos de tatoués ça me rappelle une histoire, tu vas voir elle est bien croustillante, une comme tu les aimes.

Y'avait à la 4D, (je te rassure j'ai fait d'autres taules et d'autres divisions, mais pendant qu'on est sur la Santé autant rester sur notre lancée) un atelier de poterie. Ouais, ouais, t'as bien lu mon copain, en pleine zonzon, y'avait un atelier de poterie avec tours, four, glaise, peinture émaillée et tout le toutim. Ca te fout les boules hein quand tu pense à tout le pognon que tu dépenses pour que tes chiards aillent jouer aux apprentis artistes dans je sais pas quel atelier de mes deux. Ben nous c'était gratos (t'as qu'à envoyer tes mômes en prison, j'te dis c'est gratos). Tous les matins y'avait un « artiste » qui venait nous enseigner l'art du modelage, tournage, la cuisson etc. (he m'sieur l'artiste tu peux me modeler un grappin et une pince monseigneur, et puis une gonzesse si t'as le temps ?). A ce qui paraît la poterie ça devait nous calmer, nous les furieux, les enragés, les sanguinaires. Tu parles comme ça m'a calmé de pas réussir à tourner un putain de bol avec leur putain de terre qui se casse la gueule ! Enfin bref, vu que c'était toujours deux heures de passées, on allait jouer les petits Picasso entre 9h00 et 11h00 tous les matins. C'était le moment où on voyait un détenu qu'allait jamais en promenade mais qui se passionnait pour le modelage. C'était un allemand, un gitan allemand, il s'appelait Hans. Il devait avoir vingt cinq ou vingt six ans, il était couvert de tatouages, mais tu sais de vilains tatouages, de ceux qu'on fait en prison avec une grosse aiguille et de la vilaine encre qui bave, pas de ces tatouages pour pétasses cramées aux UV qui ont absoooolument besoin d'avoir un gentil dauphin, un mignon papillon ou une petite rose tellement originale sur le haut de la fesse (histoire de dire prends mon cul c'est un bouquet). Non lui il avait toute la panoplie des tatouages de prison (la main des voleurs, les trois points, les cinq points, la pensée pour ma mère, le calvaire, le couteau de la vengeance, les yeux de biche, le point des macs, les prénoms des gonzesses, les numéros d'écrou et j'en oublie...). Hans, il parlait très peu, avec un effroyable accent teuton. En fait il parlait beaucoup, mais pas à nous. Il parlait à ses oeuvres, vachement tendrement il leur racontait des histoires, les dorlotait, se marrait, pleurait... Faut dire que ses oeuvres elles étaient spéciales, c'était toujours les mêmes, des espèces de cendriers ou de soucoupes sur lesquelles il modelait très finement et très bien un chien ( un berger allemand), une femme et deux enfants... Et tous les jours il recommençait le même cendrier, les mêmes modelages et les mêmes discours. Je le croisais tous les matins, on se saluait, quelquefois on échangeait une cigarette ou un café et puis il retournait à ses monologues. Je sais pas pourquoi mais j'étais le seul avec qui il échangeait quelques mots, ça allait jamais bien loin et c'était le seul moment de la journée où il ouvrait quelques minutes la porte de son univers intérieur...

Et puis un jour, sans que je lui ai rien demandé, il est venu vers moi, il m'a tendu un de ses cendriers et m'a dit « Za z'est mon zien ! », content de cette intense communication j'opine (non cherche pas y'a pas de grossièreté... pour une fois) et je lance « joli, beau chien, schön ! », puis il continue « Là Z'est ma vemme et mes z'enfants », à nouveau je complimente sur la finesse des détails. Alors ses yeux se voilent mais sa bouche sourit et il me dit « Z'ai enfermé vamille et zien dans la maison et z'ai foutu le feu... tout cramé... Juden Schize (merde juive dans le texte) » et il me reprend le cendrier et va lui faire un brin de causette. Après il m'a plus jamais dit bonjour.

Et le pire dans mon histoire, c'est que ses modelages... il les cuisait !

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Bienvenue en enfer (5)

Une nuit, la lune baignait joliment de ses rayons dorés le navire où je m'apprêtais à appareiller pour les terres de Morphée (ben mon lit, banane... cassez vous le cul pour en faire des jolis phrases aux gens y pigent que pouic ! ), bref je me faisais chier l'oignon dans mon pucier, quand j'entends siffler un putain de rossignol (peut-être était-ce le doux merle moqueur ?). Je râle, me retourne, fous ma tête sous l'oreiller, rien à faire l'autre volatile continue son concert et m'empêche de dormir... Vu qu'à la fenêtre y'a des barreaux (si, si, j'te jure y'a des barreaux au fenêtre!), pas moyen de jeter un coup d'oeil dehors pour voir l'autre emplumé et lui raconter ma façon de penser... Rien à faire j'endure une heure ou deux les roucoulades de malheur et je finis par m'endormir. Bon je sais tu te dis elle est pas passionnante son histoire qu'est-ce qui nous fait aujourd'hui... Tais toi deux minutes et laisse faire... je plante de décor ! Nuit suivante, même topo, et vas-y que je te siffle, écoute j'suis l'meilleur siffleur du quartier, et cette trille là tu la connais.. Une vrai démonstration. Le lendemain matin, j'attrape un maton « Eh chef (ouais les matons on les appelle « surveillant » ou « chef », tu comprends pourquoi je me mets en colère quand y'a un couillon qui m'appelle « chef »...), y'a pas moyen de dormir dans votre bordel, appelez-moi le directeur où je retourne au Carlton », le brave homme s'étonne, me demande la nature de mes doléances « Fais pas chier G... (G... c'est mon blaze dans la vraie vie), qu'est-ce que tu m'inventes encore comme histoire, j'vais te foutre un rapport si tu continues ton cirque... ». J'explique alors au zélé fonctionnaire le bien fondé de mes remarques et me plains de la fréquentation nocturne de bruyants volatile (j'te dis que je vise le Goncourt !). Réponse du maton « Y'a pas de rossignol, c'est ton nouveau voisin de cellule ! ». Je m'dis « ben mon coco, si c'est mon nouveau voisin, j'vais y péter les dents il apprendra à siffler avec son cul c't'empêcheur de pioncer peinard », et je me mets en planque à côté de la porte de sa cage en attendant qu'y sorte pour lui causer tranquillité nocturne et qualité de mon petit sommeil à moi. Ah oui je t'explique y'a des heures dans la journées où les cellotes sont ouvertes et où on peut se balader « librement » au sein du quartier... J'attends donc, jusqu'à ce que sorte un minuscule (mais quand je te dis minuscule, c'est vraiment tout petit... 1,4Om à tout casser) asiatique, tout souriant, heureux d'être là, sautillant comme un canard pas encore laqué... J'suis scié par le format du mec et comme vu la différence de gabarit j'peux quand même décemment pas faire le méchant je prends mon air le plus avenant pour lui expliquer qu'y faut arrêter les singeries nocturnes. Seulement mon bridé il y comprend que pouic ! Il parle pas un mot de gaulois le lascar... il me fait force courbettes, me sourit de toutes ces dents, entame un grand discours sur Lao Tseu ou Confucius, ou me dit d'aller me faire enculer... j'en sais rien, mon Mandarin est assez restreint. Je tente le langage des signes en sifflant tout en faisant « non, non,non » de la tête (essaie, c'est pas à la porter du premier couillon venu !). ma petite danse de bienvenue, mon copain ça le met en joie et pour me montrer qu'il est ouvert à toutes les danses folkloriques y se met aussi à siffler en se dandinant ! Évidement nos singeries ça attire du monde et tout le monde se met à se marrer en me félicitant sur ma nouvelle copine, y'en a même qui rentrent dans la ronde et les matons ahuris se retrouvent avec une dizaine de psychotiques en train de siffler en bougeant le popotin dans les coursives ! J'suis accusé d'être un fouteur de merde, de pas louper une occasion de faire chier le monde, qu'on n'est quand même pas dans un asile ici (ben si justement...) et qu'si j'continue ma danses des sept voiles j'vais prendre un rapport et aller donner mes cours de dinguerie au mitard ! Bon ben je laisse tomber, au moins on s'est bien marré !

Quand même j'te raconte pourquoi il était là mon copain bridé... J'l'ai appris que plus tard et je sais pas si j'aurais dansé d'aussi bon coeur si j'avais su.... Au départ il était arrivé à la Santé comme simple sans papier. Une histoire de clandé à la con, qu'avait du se faire chopper dans un atelier de couture... pas de quoi se retrouver chez nous. Seulement, sa petite taille au placard ça lui avait pas porté bonheur... Son voisin de cellule y s'était dit qu'il venait de choper un boniche à l'oeil et il l'avait mis au ménage... et à l'enfilade. Mais le niaque il devait pas aimer la propreté ou la tendresse, alors au bout d'une semaine de tapin, il avait attendu que son bourreau s'endorme, puis il l'avait assommé avec le tabouret et puis histoire qu'il voit pas son malheur il lui avait arraché les deux yeux... et les avait bouffés !

Elle est pas belle la vie ?

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Bienvenue en enfer (6)

Un beau matin d'automne (ou d'été, ou d'hiver, j'me souviens plus... commence pas à faire chier c'est moi qui raconte !) arrive dans la cour, à l'heure de la promenade, un nouveau venu. Des nouveaux y'en avait pas tous les jours. Vu le côté « spécial » de notre division, les arrivées étaient pas si fréquentes. Le mec c'était un black. Un grand gars, balèze, bien découpé, avec un beau corps souple et musclé, très noir de peau, un beau nègre (eh le MRAP, fais pas chier c'est pas un gros mot, et puis si t'as rien à foutre va donc manifester pour les Palestiniens, ça te changera...), mais avec une gueule d'enculé... affreux ! Le mec laid... même toi t'es plus beau ! et pourtant... (mais non j'déconne). Vraiment la sale gueule, des p'tits yeux de cochon, jaunes et vicelards, un nez très épaté, de grosses lèvres, des scarifications, les cheveux crépus courts mais à moitié torsadés, moité cotoneux (comme de la bourre)... La tête à faire peur. Frankenstein à côté c'était Maryline, une pin-up, un prix de beauté... En plus le mec il avait un filet de bave au coin des lèvres... tu vas croire que j'exagère, que je noircis le tableau (fais pas re-chier c'est pas moi qu'ai inventé l'expression !), mais c'est du véridique, du certifié conforme, du blanc-bleu... le mec y bavait ! Le pauvre lascar, avec sa gueule dès son arrivée il a pas eu bonne presse... C'est parti d'entrée, les regards en coin, les vannes racistes (y'a pas de raisons qu'on soit plus gentil en prison que dehors quand même !), les j'mets mon pied où tu veux t'asseoir, les j'me mets à cinq dans ton passage pour t'obliger à bifurquer...Le mec y disait rien, y grognait, y bavait mais y fermait sa gueule (soyons clair, je dis pas que j'aurais fait mieux à sa place, c'était vraiment tendu). Le bonhomme pendant les deux heures de promenade il a marché tout seul, à grandes enjambées, pieds nus dans des grosses pompes de montagne délacées, à chercher des mégots dans la cour. Ah oui tiens, il faut que je t'explique. La commande de tabac en prison c'est une fois par semaine, si j'me souviens bien à la 4D on commandait le tabac le mardi et ça arrivait le jeudi. C'est à dire que si par malheur t'arrives un mercredi sans cigarettes tu devras attendre le jeudi en huit pour fumer... Normalement tu trouves toujours quelqu'un pour te dépanner d'un paquet ou deux de tabac à rouler mais quand t'es noir et que t'as une sale gueule... t'as moins de chances de faire un cancer du poumon ! Tu m'as compris, la prochaine fois que tu tues ta femme, mets une cartouche de clopes de côté... Donc le black, il se fait la promenade à ramasser les mégots sans que personne évidement lui offre une clope et même y'a des gars qui font exprès de jeter leurs cigarettes à moitié consumées à ses pieds... et à les écraser soigneusement avec la chaussure. En plus le pauvre il avait vraiment pas de pot, parce que normalement au trou t'as quand même une majorité (va pas me chercher des pous, c'est comme ça !) de blacks et d'arabes mais à la 4D y'en avait que deux, un braqueur antillais et un escroc africain... il a même pas pu faire jouer la solidarité raciale. A à la fin de la promenade, ce con, je sais pas ce qui lui prend, y se déculotte devant tout le monde et y pose sa pêche au milieu de la cour ! Puis soulagé et satisfait y se reculotte sans passer par la phase torchage... p'têt pour pas se salir les mains ! On était habitué aux dingueries, mais quand même là y'avait de l'abus... déjà que son public relation avait plutôt mal fait son taf, mais là le mec y s'est accroché direct dans le dos la pancarte « dingo-crado-pas fréquentable ». Il aurait vraiment fallu qu'il marche sur l'eau ou qu'il ait un hélico pour que quelqu'un lui adresse la parole ! Rien qu'en remontant en cellule y s'est fait sérieusement bousculer deux ou trois fois...

Mais c'était que le début... Parce que à peine un jour ou deux plus tard y'a le bruit qu'a commencer à filer qu'il était là pour avoir tué un gosse...après l'avoir violé ! Et ça en prison ça pardonne pas... c'est le genre de gamelle quand tu l'as au cul t'es foutu... on est toujours bien vertueux d'en trouver un plus dégueulasse que soi... et puis lyncher un pauvre fada ça passe toujours le temps, on se sent tellement plus propre après. Mais quand même si le violeur fait 130 kgs de muscles et a des copains... c'est toujours une erreur judiciaire... bande d'enculés !

Ca a pas duré une semaine, après avoir été injurié, bousculé, maltraité, craché à la gueule... le négro y s'est coincé deux coups de lame (dans le dos bien sûr...) un soir en remontant en cellule. Bon j'te rassure il est pas mort. Il s'est retrouvé à l'hôpital de Fresnes où on l'a rafistolé.

Nous on l'a jamais revu... C'était peut être mieux, parce que le gars à la finale, il avait tué ou violé personne, c'était juste un clandé... un peu neuneu-dingo... sourd et muet...

Bande d'enculés de voyous de mes deux !

Elle est pas belle la vie ?

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26 septembre 2007

Bienvenue en enfer (7)

 

Alors bien sûr, depuis le temps que je te parle de prison psychiatrique, je commence à recevoir des messages du genre « et toi pourquoi tu y étais ? »... C'est pas toujours formulé comme ça, y'en a qui balancent la question directement, y'en a qui disent que jamais ils oseront te la poser mais que quand même, s'ils osaient..., d'autres qui disent qu'un jour peut-être ils te demanderont... Mais à l'arrivée, l'interrogation est la même... et c'est bien normal ! Et puis, mon joli lecteur t'as le droit de poser toutes les questions que tu veux et moi d'y répondre ou pas... Mais je me dis que c'est trop facile de raconter la vie des autres en faisant l'impasse sur la mienne... Je dois me livrer tout à toi, ne rien cacher, faire le grand déballage, te parler des côtés les plus sombres de mon âme, exposer mon gros bide et la taille de mon sexe... à oualpé l'écrivaillon de mes deux ! C'est mon côté christique... prenez et mangez... touchez pas c'est ma bite !


Bon ben je vais me déloquer un peu... mais tu fais chier ! C'est pas trop mon truc de me raconter, surtout dans ces histoires de voyous... soit t'en racontes trop et tu passes pour un mytho, genre y veut se donner des épaules de grand truand, de braqueur, de gangster de mes burnes, soit tu te tais et tu passes pour un honteux, merdeux, vicelard toucheur de pipi... Difficile de négocier le virage ! Et puis autant je suis fan de Rousseau (d'ailleurs j'l'ai découvert à la 4D... j'étais encore gamin, à peine 25 ans et j'me suis tapé les « Rêveries... » que j'avais jamais lues) autant le truc « je me suis raconté et comme je suis un homme, j'ai raconté tous les hommes »... j'y crois pas trop ! C'est pas parce que le gars Jean Jacques il a biché à sa première fessée que j'adore me faire fouetter... quant aux rubans je jure j'en ai jamais volé... j'suis quand même pas une tafiotte... et puis la Mme de Warens c'est bien si c'était sa came, mais moi j'préfère les gamines aux mamans... les p'tits culs, pour moi y sont plus jolis à 20 ans qu'à 50... sauf exception !

T'as vu j'y vais pas franco, je digresse, j'essaie de noyer la poiscaille... tu crois quand même pas qu'je vais te l'ôter d'un coup ma petite culotte... j't'excite un peu avant, je roule des hanches, j'te baisse l'élastique... et j'le remonte... tu bandes salope ? Eh ben t'attendras un peu... profite de la danse et fais pas chier... « plus l'effet se recule plus le désir croit » (tu me diras pas qu'il l'a pas fait exprès l'autre tragédien de mes deux (l'effet se recule...les fesses reculent... c'est trop beau !).


Allez tamise la lumière, j'me lance !


Au départ, j'suis pas un damné de la terre, pas du tout, j'suis un petit fils à papa, un gentil petit gosse de bourges, un peu rebel, un peu « fous la merde », un peu facho-anar (facho pour les autres, anar pour moi...). Gamin j'ai toujours bien vécu, pas dans le luxe mais dans l'aisance, mon problème c'était plus de défendre mon 4 heures que d'en trouver un... Les fins de mois difficiles, les cadys de supermarché, les vacances dans la cour de la cité... j'ai connu... à la télé ! Et puis aussi plus tard, quand ma vie est partie en sucette. Mais môme, j'ai manqué de rien... peut être un peu d'amour, mais ça c'est une autre histoire, ou en tous cas c'est pas celle que je te raconterai... c'est ma vie bordel, j'raconte c'que je veux !


A quinze ans, comme plein d'autres mômes, la bourgeoisie elle me faisait chier et je la détestais d'autant plus que je la connaissais bien... Les privilèges de classe, les « y sont pas de notre monde », les « je vais arranger ça avec le préfet, ou le procureur, ou le directeur de cabinet de... », tout ça me faisait chier ! J'étais né dedans mais ça me gonflait de participer... J'en ai certainement profité, mais je trouvais que tout ça puait ! Alors j'ai commencé à virer mal, à fréquenter la mauvaise graine, à préférer traîner dans les squats plutôt que dans les soirées du 16ème... ou si j'y allais c'était pour faire rentrer des potes loubards et dépouiller les appartements des filles à papa... après les avoir sautées (les filles, pas les papas conard !). Je dis pas que c'était glorieux, c'était même assez merdeux... mais faut bien se faire la main ! Un p'tit con quoi... mais pas plus p'tit con que les autres qui voulaient devenir maire de Neuilly puis président de la République...


Tout ça roulait plus ou moins bien, les études j'avais pas trop de mal, je faisais des conneries dehors mais ça allait pas trop loin, on restait dans l'emmerdeur, mais l'emmerdeur gérable... Et puis quand j'ai eu mon bac, mes parents qu'en avaient un peu marre de me supporter, qui m'aimaient de plus en plus... loin, m'ont aidé à prendre un studio histoire que je leur lâche un peu la grappe.


T'as compris, jusque là ma vie c'est plus du Pagnol que du Zola... j'peux pas vraiment pleurer sur la société qui m'a broyé... Mais attends, la salope elle me réservait une jolie renversée... mon coco t'es né dans la soie tu vas un peu tâter de la toile de jute, histoire de voir si tes petites fesses elles supportent... et puis si tu bandes tant que ça aux voyous, on va voir si t'as les épaules pour rentrer dans la meute...

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27 septembre 2007

Bienvenue en enfer (8)

 

J'étais pas installé dans mon studio d'étudiant depuis une semaine, qu'un matin vers cinq heures, retour de j'sais pas quelle virée dans j'sais plus quel endroit glauque (ça m'étonnerait qu'j'ai été de retour de l'évêché... ou de la célébration de la première messe à Ste Zigounette de mets la moi profond...) j'm'arrête dans un resto de nuit histoire de restaurer l'homme. Et là j'fais ami-ami avec deux p'tites michtoneuses qui s'tapaient la cloche... On bavarde, on sympathise, elles me disent à où elles tiennent leur petit magasin de fesse (c'était avenue des Ternes dans le 17ème) et à quelle heure elles ouvrent boutique. On rince quelques godets ensemble et basta, j'rentre me coucher. Les cours à la fac de droit devaient commencer à neuf heures et j'essayais de pas trop sécher. Quelques jours, ou plutôt nuits, plus tard j'passe par l'avenue des Ternes et j'trouve mes mignonnes à la rue en train de tapiner ; on re-tchache et comme ça de nuit en nuit on lie une petite amitié, mais sans histoire de cul ni rien...en plus les mômes elles étaient toxicos et elles s'envoyaient en l'air à la seringue... quant à la bite elles s'en enfilaient assez dans le boulot pour pas faire d'heures sup gratos ! Quelques jours passent encore et un matin alors qu'on prend un p'tit dej ensemble elles me racontent qu'elles ont une galère avec leur hôtel, que le gérant à qui elles doivent des lovés veut les foutre à la porte et qu'elles osent pas aller récupérer leurs fringues parce qu'elles ont peur de lui. Moi, pauvre petit couillon que j'étais, me v'la qui monte sur mon destrier de preux chevalier défenseur de la putasse et du toxico et j'dis que j'vais les accompagner pour récupérer leurs affaires. Pauvre con que j'étais ! J'aurais mieux fait de rentrer chez ma mère et de pas jouer à l'homme, cette histoire à deux balles, cette embrouille où j'avais rien à voir ni à gagner elle a changé ma vie...

Donc j'les accompagne à leur hôtel vers 1O heures le matin, j'tombe sur le gérant en question qui assez légitimement veut récupérer le pognon qu'elles lui doivent et me v'la qui me mets à jouer les grands voyous de mes deux, à rouler des épaules, à dire au malheureux mec que j'vais le mettre à l'amende, que si fait chier j'lui crame son bouclard, que j'vais le découper en rondelles etc. Le mec se rebiffe, fait du raffut, gueule comme un goret et veut appeler les poulagas. Du coup j'lui fais manger son téléphone et j'lui mets une ou deux giffles... mais rien de très méchant. Les gonzesses récupèrent leurs affaires et j'les remmène... et comme elles avaient plus de piaule comme un couillon je jeur propose de venir dormir à la maison le temps qu'elles trouvent un autre hôtel. Tu parles comme je me sentais homme, vachement virile, grand truand et tout ! Ah les gamines elles m'ont bien venu venir ! Un crétin comme moi elles allaient pas laisser passer l'occase... une andouille pareille c'était un cadeau du ciel... pain béni ! Le mec qui les défend, qui les loge et qui les balade en voiture... tout ça à l'oeil sans même demander une petite turlute compensatoire, c'était Noël. Pour me dire que j'étais beau, que j'étais fort, que j'étais une terreur, un vrai de vrai, un homme comme on n'en fait plus... ça leur coûtait pas cher ! Et moi je buvais du petit lait, j'gonflais comme une outre, j'bichais comme une salope, j'reluisais sans débander... Le p'tit bourge fils à papa il était devenu un grand maquereau, l'étudiant de mes deux c'était une pointure, il avait deux tapins à la maison... quel homme ! Et en plus c'était un voyou d'honneur, il prenait pas une tune... pas un bouffeur de pain de fesse ! RIDICULE !

Mon p'tit roman policier perso il a pas duré longtemps... 2 semaines à tout casser ! Le temps que les gamines se fassent des shoots tous les jours, bien devant la fenêtre grande ouverte du studio, histoire d'avoir assez de lumière pour pas louper la veine et que les voisins d'en face, lassés de leur séances de came qui faisaient désordre dans le quartier, appellent les poulets. Un beau (ou plutôt un très vilain) matin y'a l'antigang (depuis c'est devenu la BRI) qu'a débarqué chez moi et là, moi qu'aimais les fims policiers, j'en ai eu pour mon argent ! Ils m'ont fait le grand cinéma complet, porte explosée, coups de crosse dans la gueule, allongé par-terre avec les pinces (les menottes) dans le dos, dépouillage de l'appartement, perquise en règle, sortie de l'immeuble avec les bracelets aux pognes, sirènes, gyro... la totale ! Ils m'avaient pris pour Mesrine les lardus ! Tu parles que dès les premiers interrogatoires des gamines et de moi, ils ont vite compris que j'étais qu'une pomme... Mais c'est là que ma bourgeoisie elle m'est revenue dans la gueule comme un boomerang... because quand les schmidt se sont rendus compte que j'étais le fils d'un des plus célèbres avocats de voyous de la Capitale, ils se sont fait un gros plaisir ! Ils m'ont dit « ah t'es le fils de .... ! eh ben on va te le soigner ton dossier... on va voir si ton père y va réussir à te sortir de la merde où on va te mettre ! » Et j'te jure qu'y m'ont soigné... ils ont mené les interrogatoires pour que je m'enfonce bien gentiment, ils ont fait pression sur les filles (c'était pas duraille avec des tox en manque) pour qu'elles racontent que je leur prenais leur tune, ils ont rajouté une perruque dans ce qu'ils avaient saisi chez moi histoire de faire braqueur (en plus ils avaient trouvé une espèce de vieux flingot tout rouillé que j'avais récupéré dans un grenier à la campagne... mais c'était quand même un calibre !). Enfin ils me l'ont mise profond ! Et puis l'histoire des gifles à l'hôtel est bien entendu remontée... Je me suis retrouvé habillé pour l'hiver... inculpé de proxénétisme aggravé et de racket... la totale ! Direction juge d'instruction et Fleury Mérogis... Fini les études de Droit (pour faire quoi avec un casier de julot et de racketteur ?) tout ça parce que les poulets se sont fait plaisir à faire tomber le fils de l'avocat... Il a fallu que je paie l'addition alors que j'avais rien consommé... ça a changé ma vie parce qu'après j'ai décidé que niqué pour niqué j'allais pas me gêner pour vraiment jouer au con ! Me demande pas pourquoi j'aime pas la police....

Elle est pas belle la vie ?

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29 septembre 2007

Bienvenue en enfer (9)

Donc mes petites amuseries tapinesques ça m'a conduit directe en zonzon... J'avais 19 ans, j'étais en première année de fac de droit, et après 48 heures musclées chez des poulets sadiques, noircissant bien le tableau, m'expliquant comment j'allais en chier au trou, comment j'allais me faire maquer mes sous, ma bouche et mon cul, je me suis retrouvé au dépôt de l'Ile de la Cité. Le dépôt, t'as l'impression de retourner trois siècles en arrière ou de changer de continent... même les voyous endurcis en parlent avec répulsion. Faut que je t'explique. A Paname, les premières pierres de ce qui est devenu le Palais de Justice ont été posées sous St Louis, c'est la Conciergerie avec la Ste Chapelle... tu peux aller visiter à l'occasion, c'est assez beau. La bâtisse appartenait à l'origine je crois au Bailli de Paris et est devenue ensuite demeure royale, au fil des siècles le bâtiment a brûlé, a été reconstruit, s'est étendu, on a rajouté des annexes etc. jusqu'à la construction du Palais de Justice avec les différentes Chambres, Cours, bureaux des magistrats... Tu te doutes bien que l'endroit qui sert de dépôt, c'est à dire la « geôle » où tu attends de voir un juge de permanence qui va décider de ton sort (inculpation ou non, détention provisoire ou non...) n'est pas le plus bel fleuron de cette belle architecture médiévale... C'est ignoble, quand t'es là dedans tu t'attends à croiser le bourreau avec sa hache et son bonnet pointu... Tu es dans d'immenses sous sol avec des murs nus où se sont déposés des siècles de crasse, chaque pierre transpire le malheur, la misère, le désespoir, les lieux sont chargés de terreur, de cris, de larmes, d'angoisse. Des lumières glauques éclairent le tout d'une lueur blafarde... On t'enferme, seul si t'as de la chance, sinon à trois, quatre, cinq mecs qui ont les nerfs à vif et qui viennent déjà de passer 48 heures dans un commissariat, sans se laver, en bouffant rarement et en prenant des baffes souvent, dans une espèce de couloir de 1,50 m de large sur 4 de long, sans fenêtre avec une grosse porte en bois aveugle. A gauche en entrant y'a un bat-flanc en bois ou en béton long d'environ 1,70 m encastré entre deux murets et large de 6O cm, si bien que même si t'as la chance d'être seul difficile de t'allonger sans te casser la gueule parterre... et derrière le « lit » y'a un chiote à la turque sans PQ et sans chasse d'eau... elle se déclenche automatiquement toutes les heures. Imagine quatre lascars là dedans dont forcément, c'est statistiquement obligatoire, un toxico en pleine crise de manque (parce que ça fait 48 heures qu'il a pas pris ses bonbons) qui gerbe et qu'a la chiasse toutes les dix minutes... Si en plus avec toi y'a un clochard bien puant en crise de délirium tremens... c'est Noël ! Au plafond t'as une ampoule qui reste allumée en permanence... Les murs sont recouverts de graffitis, et comme on t'enferme sans un objet, c'est écrit en général avec du noir de cigarette ou de ... la merde ! Bien sûr, avant de t'enfermer, on t'a ôté tous tes objets personnels, bijoux, portefeuille, pognon, lacets, ceinture, (avec de la chance on te laisse tes clopes... sans briquet ! Y'a un trou dans la porte ou tu passes ta sèche pour qu'un maton compatissant te l'allume de l'extérieur... et un maton compatissant...), on t'a pris les empreintes et photographié ta bobine face, profil, trois quart, relevé le détail de tes tatouages, cicatrices et signes distinctifs (tout ça pour le « sommier » où sont conservées les fiches « anthropomerdiques » de tous les clients), on t'a aussi mis à poil, fouillé te trou du cul (écarte les jambes, baisse toi et tousse..), on t'a gentiment vané en matant la photo de ta femme (« tiens faudra qu'j'aille la sauter de ta part ») ou de ton gosse (« quand tu sortiras il aura pris sa retraite » ou mieux « j'espère qu'il aimera son beau-père... ») et dans ce trou à rat tu peux passer jusqu'à 24 heures à te ronger les sangs en attendant qu'un gamin de 25 ans, corseté dans ses certitudes décide de ton sort. Quand on t'extrait de là-dedans, après une nuit sans sommeil parce que t'angoisses et parce que de toute façon y'a toujours au moins trois ou quatre mecs qui hurlent et mettent le bordel sans arrêt jusqu'à ce que les matons foutent un branlée au plus virulent... si t'as pas un eu l'habitude (malheureusement tu la prends...), si tu t'es pas un peu endurci le cuir, si t'as pas déjà vu le film deux ou trois fois, quand t'arrives devant le juge t'es prêt à dire tout ce qu'y veut à avouer tous les forfaits, commis ou pas, pourvu qu'on te sorte de cette merde et qu'on te laisse dormir un peu peinard, prendre une douche, manger un morceau et te torcher le cul... Quand t'as vécu ça et le reste tu comprends la fragilité des aveux, tu comprends les mecs qui reconnaissent des horreurs qu'ils ont pas commises juste pour qu'on leur lâche la grappe... tu comprends l'incompréhensible. Plus jamais tu dis en lisant ton journal le cul bien confortable dans ton salon de merde à crédit « ben la preuve qu'il est coupable c'est qu'il a avoué ! ». Faut être sacrément costaud pour résister à toute cette pression quand t'es pas un professionnel de l'embrouille, quand t'as pas compris que tout ça c'est qu'un jeu de con, et qu'en fait ça dure que quelques jours... mais quelques jours qui peuvent faire basculer toute une vie...

La France, pays des Droits de l'Homme... y'a des moments vaut mieux être un clébard j'te jure !

Elle est pas belle la vie ?

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30 septembre 2007

Bienvenue en enfer (10)

 

En fait, ce qu'est le plus moche dans le système, c'est pas tant qu'il soit dur, et encore faut pas trop pousser, on n'est pas au Chili ou en Birmanie, c'est que c'est pour les plus faibles, les moins expérimentés, qu'il est le plus terrible... Quand t'es un vieil habitué, tu connais le jeu, si t'es pas trop nave t'as à peu près compris les règles et les failles du système et tu sais comment tirer tes miches au mieux de tes intérêts. Par contre quand tu débutes en voyoucratie ou si t'es là par accident, que ta vie t'a pas habitué à embrouiller, tu l'as bien profond dans le cul... Tiens, comme t'as une gentille petite gueule et qu'on est dimanche, j'vais faire ma BA, j'vais te faire un cadeau qui vaut son pesant d'années de placard... écoute bien j'suis sérieux, mon tuyau c'est du blanc-bleu, du cousu main, du couru d'avance, du cent pour cent... si jamais un jour tu te retrouves en garde à vue et surtout si t'as quelque chose à te reprocher... ferme ta gueule... dis rien aux poulets, cherche pas à te justifier, à t'innocenter, te prends pas pour un cador qui va les embrouiller, joue pas au plus fin avec les poulagas... silence complet, tu déballes ton identité et point barre...tu la fermes... une seule réponse à toutes leurs questions vicelardes : « je parlerai au juge en présence de mon avocat »... tu signes ça sur ta déposition et rien d'autre ! Je t'explique : en général quand tu te retrouves chez les lardus en garde à vue, c'est pas par hasard... y peuvent pas commencer une procédure sur du flan... y faut qu'ils aient quelque chose contre toi... tu sais rarement depuis combien de temps y sont en enquête, combien de journées de filoches, d'écoutes téléphoniques, de photos ils ont déjà dans ton joli dossier... tu sais pas ce que tes éventuels complices ou les indics ont pu balancer sur ta gueule. Faut bien que tu comprennes que tout ça c'est qu'un jeu de poker menteur. Leur boulot c'est de te faire gober qu'y savent plein de trucs sur toi et de pas te dire ce qu'ils savent vraiment et qu'ils peuvent prouver... Parce que là aussi ça fait une sacrée différence entre savoir et prouver... C'est pas parce qu'is savent ceci ou cela qu'ils peuvent le prouver... et souvent ils en connaissent beaucoup plus qu'ils ne peuvent en faire la preuve ! Et si tu parles trop, tu te ligotes toi même... une fois que t'as reconnu un truc et signé ta déposition, vachement difficile de te sortir du merdier où tu t'es enfoncé tout seul... Le meilleur moyen de pas dire de conneries dans la vie c'est de fermer sa gueule... Alors que les 48 heures fatidiques passées, tu peux voir ton avocat, même si c'est devant le juge, et là ton bavard, lui il a eu accès au dossier, si c'est un bon, il peut te conseiller, te dire « là t'es ligoté, inutile de battre, ça fait mauvaise impression et ça sert à rien, ils ont toutes les preuves, par contre, là ils ont que des présomptions, ils savent peut être, mais y'a aucune preuve... » L'avocat si tu veux qu'il puisse te défendre et te conseiller il faut que t'en aies dit le moins possible, que t'aies pas bousillé son boulot par tes déclarations à la con avant qu'il entre en scène...

L'erreur terrible c'est de croire les schmidts sur parole... c'est de penser connement que le voyou c'est toi et que les gens honnêtes c'est eux... mon cul ! Faut pas perdre de vue qu'un condé (j'te parle des vrais poulets... de ceux qui font dans le banditisme, dans la racaille, dans l'enflure, dans le vrai voyou) c'est un mec qu'a choisi d'être un truand légal... lui il a trouvé un moyen de porter un calibre, de traîner dans les bars, de fréquenter la pègre, de baiser des tapins, éventuellement de se charger le pif... sans risquer les emmerdes. Un vrai poulet, c'est un chasseur de voyous... et c'est pas au séminaire, ni avec de bons principes que tu pars à la chasse au truand... c'est en étant toi-même un truand !

Les poulets j'les ai connu aussi bien que le tip-top de la grande voyoucratie et j'peux te dire que j'ai appris à les craindre et à les respecter... pas à les aimer bien sûr, mais faut reconnaître que leur boulot ils le font infiniment mieux que la majorité des yoyos que j'ai fréquentés. Et puis c'est facile à comprendre, un poulaga c'est un truand avec deux qualités que les soi-disant « hommes » ont rarement, ils sont intelligents et bosseurs... Faut quand même comprendre les choses, 99% des caïds de mes deux ont choisi cette profession par paresse ! Y sont en général incapables de durer, de s'atteler à une affaire sérieusement, et c'est ce qui les perd ! Les truands c'est pas capable de bosser... s'ils ont choisi cette vie, c'est presque toujours par incapacité à faire autre chose, par bêtise, par fainéantise... Certains ont des qualités... pas beaucoup ! Dans le lot tu trouves beaucoup de têtes brûlées mais en fait peu de vrais courageux ; le courage implique une connaissance et une acceptation du danger... quand t'es pas capable d'imaginer ce que tu risques, t'es pas courageux, t'es jobard... pour être courageux faut dompter sa peur...si t'as pas peur t'es pas courageux, t'es inconscient, crétin... gonflé peut-être mais débile !

L'admiration du voyou, c'est vrai que je l'ai eue, que j'ai bandé à ça. Quand j'étais môme, j'y ai cru à tout leur cinéma, aux histoires de bandit d'honneur, de mec qui refuse les règles sociales mais qui a les siennes et qui s'y tient... J'y ai beaucoup cru aux histoires de « mentalité » de « ça, ca se fait pas », mais en quinze ans tu peux me croire que j'ai déchanté, que j'ai vu à quel point c'est du flan, du cinoche, de l'épate, du bidon.... Tout ça c'est des histoires véhiculées par le cinéma ! L'honneur, le fameux honneur, il est sur les écrans, dans les bouquins, mais certainement pas dans les bars ou les commissariats ! Ca ils sont fort les mecs pour tomber à quatre sur un pauvre poivrot qui les a traités d'enculés... ah le mot interdit, le mot pour lequel on tue, l'erreur impardonnable... ENCULE ! Y'en a du sang qui a coulé pour ce pauvre mot à la con ! Et pourtant j'en ai vu combien des terreurs fermer leur grande gueule quand le mot leur était envoyé par un plus dangereux, un plus nervalo, ou tout simplement un plus nombreux ! J'en ai vu des oreilles se boucher miraculeusement, des offenses pas entendues, des injures qui glissent sans que personne les ramasse... Tout ça c'est du cinéma, d'la branlette, de l'amuse-couillon ! La seule règle véritable du milieu c'est la trouille ! Fais leur peur et ils te suceront la bite, crains-les et ils te la mettront... Y'a pas d'autre règle, quand t'as compris ça t'as tout compris pour devenir un caïd !

Elle est pas belle la vie ?

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